"And now, we're stopping for lunch"
2025 - 2026
Un dimanche d’août ensoleillé, aux portes de Londres. Au Ham Polo Club, le plus ancien club de la capitale britannique et le seul à se situer intra-muros, le rituel dominical se déploie dans toute sa singularité. Le public est venu nombreux aujourd’hui : les invités du Club House savourent leur privilège, installés autour de tables dressées, champagne et petits fours à portée de main. Mais l’essentiel de la foule s’étire de l’autre côté du terrain, où les coffres de voitures, ouverts comme des loges éphémères, deviennent les points de ralliement de familles et d’amis. Au-delà du match, c’est le public qui compose la véritable scène.
C’est tout un éventail de la société anglaise qui se donne rendez-vous. Les familles avec enfants côtoient des jeunes couples ou des groupes d’amis. Les habitués élégants se mêlent à des spectateurs plus modestes, venus simplement partager un pique-nique au soleil. Chacun a recréé son propre salon à ciel ouvert. Certains étalent des couvertures sur l’herbe, d’autres installent des chaises pliantes. On vient avec son nourrisson, avec son chien. Les paniers en osier voisinent avec les sacs de course Marks & Spencer remplis de chips et de salades toutes prêtes. Les plus prévoyants sortent des plats maison, comme une salade de pommes de terre préparée avec soin. Plus loin, un couple a même dressé un service en porcelaine signé Fortnum & Mason. C’est une version très british du célèbre tableau d’Edouard Manet ‘Le déjeuner sur l’herbe’.
Au centre de cette bande de gazon, une buvette tenue par une jeune fille distribue rafraîchissements et snacks. Tout autour, les conversations s’entremêlent, les rires fusent et le temps semble suspendu. Puis les regards se tournent à nouveau vers le terrain : les chevaux lancés à toute vitesse, les joueurs en action, le maillet frappant la balle, les équipes célébrées par les applaudissements du public, la remise des trophées.
Et quand l’agitation retombe, restent aussi ces détails muets que l’objectif du photographe saisit : un reste de taboulé oublié au fond d’une assiette, un couteau planté dans un morceau de fromage, des gobelets vides alignés comme les témoins d’une fête passée. Autant de petites natures mortes, traces fragiles et intimes de ce partage collectif. Chaque cliché témoigne d’un fragment de vie et l’ensemble compose un tableau bigarré où se mêlent tradition, convivialité et codes sociaux plus ou moins assumés. Un microcosme qui raconte une manière d’être ensemble, entre tradition aristocratique et convivialité populaire, entre spectacle sportif et art de vivre à l’anglaise. Une Angleterre à la fois raffinée et décontractée, snob et populaire, où chacun trouve sa place, côte à côte, le temps d’un pique-nique d’été.